Guilhemorand

29 novembre 2013

Jardin des images

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 0 h 46 min

Il n’aperçoit qu’une tache de couleur verte, au milieu de la foule. Il plonge dans un jardin.

 

Il croise une infinité de doubles. Ils répètent ses mêmes paroles. Comme lui ils vont d’image en image. De geste en geste. De création en création.

Le Jardin est constitué d’un gazon vide et froid. En alternance avec un bric à bras en décomposition. Il reconnaît un espace d’exposition. Il le sait car avant d’entrer dans le jardin des expositions il a traversé un palais. Ce palais possède une ligne parfaite. Elle est aérienne comme un plan d’eau. L’aile Est montre la ligne des montagnes, on la voit à travers les fenêtres. En se retournant on se retrouve au cœur d’une pièce ronde. On voit les arbres border la rivière qui se prolonge dans l’océan. Dans cette ligne parfaite on fait le tour du monde. De l’art encercle cette perfection. Se tient autour et cherche à apparaître. Chaque objet désire sa fenêtre. Désir entre vu par les occupants de la ligne parfaite. Ou de la ligne elle-même. Notre homme avant d’arriver au jardin a observé à travers chacune des millions de fenêtres. Il désespère de n’y rien trouver. Ou trop peu. Il sent gronder une frustration. Il a besoin de trouver. Chacun continue d’errer d’objet en objet ne sachant jamais ce qu’il voit et trouve. Même sans voir ils ont l’air de savoir ce qu’ils aiment. Mais lui, l’homme, il apprend à voir, mais il n’apprend pas à aimer Il ne sait pas quoi aimer entre ces montagnes et ces rivières.

Soudain, des têtes dorées au long cou bleu bondissent hors des eaux où elles retombent. Un va et vient. Elles sont faites d’un matériau fixe et pourtant leur chevelure est pleine de vent. Elles bougent malgré leur matière. Elles sont béantes d’étonnement.

Ce mouvement régulier, ces têtes, sont la première chose qu’il voit dans le jardin. Il prend conscience qu’il est sorti de la galerie.

Le voyageur passe les têtes. Il veut voir une statue aux milles bras répéter un geste de mort. Ce mouvement morbide s’il le surprend d’abord, le mécanise ensuite. Puis il s’extirpe dans la statue, il voit qu’elle appelait à l’aide. Il ne peut pas encore l’aider. Il décide de passer son chemin.

Une araignée de bronze l’attire au loin. Elle se déplace au creux de l’océan. Les vagues avancent autour d’elle, lui donnant cet effet de vie. Sa brise, sa voix viennent toucher un Hamlet, immobile sur une autre plage. L’homme voudrait traverser et lui parler. Mais il se rend compte qu’il est prisonnier d’une toile. De sa toile. Il ne parlera plus. Pas aujourd’hui Hamlet. Demain, qui sait.

Je ne veux pas échouer sur cette plage comme lui. Devenir un animal mort pris dans sa propre toile.

Ma barque est à flot, elle descend le fleuve, portée par la magie des vents. Elle dépose le voyageur.

Il n’a traversé qu’un fleuve, mais ce n’est déjà plus le même ciel, le même endroit.

De nouveaux bâtiments silencieux lui font face. Chacun possède une tête. Certaines ont les yeux blancs. D’autres ont les yeux fermés. Mais elles arborent toutes le même sourire. Elles tombent les unes après les autres. Un petit fantôme en sort. Il se met en action. La rue vide devient une rue animée. Leur déplacement lui insuffle la vie.

Il avance vers les têtes. Il a peur que les fantômes ne parlent pas. Il croit que seules les têtes parlent. Et si en tombant les têtes l’avaient perdu, cette parole ?

Il demande où aller. Comment savoir qu’il suit la bonne direction ?

Il suffit de suivre la chute des drapés. Répondent-elles. Lentement, le voile de la femme guidera l’homme vers un point de la terre. Un espace. Il doit choisir son drap.

La femme a il croit des cheveux roux. Mais avec une certaine blondeur italienne. Et le port d’une brune. Le drap lui est rouge, parsemé de fleurs blanches. Chacune porte les traces de son sol, et ses herbes.

Le royaume des statues

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 0 h 45 min

Au Royaume des statues et des visages vivait une pierre qui ne voulait pas s’effacer. Chaque année elle aspirait la force d’un jeune sculpteur. Elle exigeait de chaque artiste une perfection. Et chaque artiste mourrait en tentant d’atteindre cette perfection. Cette exigence du Roi des Pierres. Mais un jour il n’y eut plus d’artiste. Alors le Roi envoya les siens aux quatre coins de la ville. Leur demandant de chercher jusque sous les racines des arbres. Le temps passa, nulle pierre ne revient. Ni l’œil gothique. Ni l’œil roman. Aucun regard n’avait découvert l’artiste. Tous ont cherché, mais aucun n’a trouvé. Alors, le Roi décida de sacrifier les autres pierres, de sacrifier les siens. Il tua sa femme, ses enfants, ses amis, ses esclaves, pour éviter d’avoir à mourir. Tous fuirent pour ne pas mourir à la place de l’autre. À la fin le roi resta seul. Sans personne pour mourir à sa place. Le chant du vent effaça les traces de sa bouche. De son nez.  De son regard. On ne distinguait plus le mystère blanc qui résidait dans son œil. La pierre ne pouvait plus supplier. « Pitié. Pitié. Venez. Venez mourir à ma place. » Il ne lui restait que l’horreur.

Depuis cette époque les statues se cachent, au milieu des ruines, au milieu des villes, au milieu des vies. Par peur de la mémoire du Roi. Elles se taisent, pour ne pas se confondre, pour ne pas avoir à mourir pour un autre. Silencieuses elles vont dans nos musées, pour qu’on ne les remarque pas. Elles attendent la venue du Roi qui saura mourir pour lui-même.

 

12 novembre 2013

Le secret

Classé dans : Poème — guilhemorand @ 0 h 47 min

J’ai vu le cuir pleurer sous la pluie. Et les hommes marcher sur les feuilles des arbres. Elles jonchaient le sol.

Leur corps se mêle au ruisseau. Il faut se frayer un chemin à travers leur abondance.

Mais c’est impossible.

L’homme agite ses pieds nus, il froisse une forme lavée. Tout sombre sous ses pas.

La multitude se confond avec le bitume et devient cause de mon aveuglement.

Je ne vois plus que de l’eau sous le cuir. Sous le vrai.

Les gouttes sont le reflet de l’écho caverneux. De ce vide que je cache. Ma honte, et mon secret.

La bière m’a fait oublier le sérieux de ces enfants de 17 ans.

Et l’on a de l’eau plein les yeux, quand on attend à la sortie, qu’elle ne vient pas, et que tout seul l’on est là. Bien contraint de se souvenir.

Guido d’amour

Classé dans : Poème — guilhemorand @ 0 h 42 min

La mer balance ses corps morts sur la plage où je fuis. Me voilà poursuivis par une voix du silence.
Je lève délicatement les épaules, en signe de résignation, bon enfant.

Le vague à l’âme, le vent emporte quelque chose.
Le choc assourdissant des vagues a empêché toute construction.
Elles m’ont dit plus qu’elle. Elle qui était faite de paroles.
Elle ne dit plus rien. Alors il ne reste que les vagues.

Tu ne sais rien du sifflement de ton Guido. Moi l’imposteur, je ne peux être lui.

J’ai le vague à l’âme. Mon monde est fait de l’image et du souvenir d’un autre.
Comment ne pas se confondre avec lui.

5 novembre 2013

Cire humaine

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 1 h 00 min
une fois de plus le monde vacille, la chair s’est mêlée à la pierre. L’éternel poli est redevenu une rédemption. Le mystère échappe à l’homme et revient à la nature. Une ombre se porte sur la femme. Le rocher dans l’ombre a rejoint la nuit. Il ne reste plus que l’attente, l’attente d’une lumière, d’une cire portant l’idée de l’homme.

20 octobre 2013

Un jardin en enfer

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 1 h 35 min

Rêver, et peut-être même pas cela ? Mais peut-être que cela, et rien d’autre. Vivre en enfer, c’est vivre dans son rêve, sans pouvoir en sortir. Y rester pour l’éternité. Non pas que le rêve soit mauvais, cauchemardesque, noir. Il ne présente juste aucun intérêt s’il est sans le retour. Sans l’état de l’éveil. Sans cet entre deux. Ce pont. Ce passage. Dante passe d’un cercle à l’autre. Et entre les deux il est éveillé, attendant de s’enfoncer plus en profondeur. Mon éveil vit pour mes rêves. Revenir transformer de chaque rêve, et chaque jour poser un morceau de rêve sur une branche du réel. Le voir grandir avec le temps. Le voir s’élever. Prendre forme. Dans l’excitation prendre peur, angoisser. Sera t-il beau ? De quelle espèce ? Quelle saison ? Trouvera t-il sa place au milieu de la forêt ? Ou stoppera t-il les tempêtes de sables, seul au sommet de sa dune ?

Ne pas se réveil c’est se priver de la possibilité de vivre pour ses rêves. Se priver de la possibilité de penser à eux, de prendre conscience de notre nouveau monde. C’est vivre avec la crainte du regard ancien. Vivre sans l’espoir d’un nouveau regard.

Un enfer. Une suite de rêve, sans un instant entre eux. L’impossibilité d’en revenir, de raconter. Le rêve dont on ne revient pas est si effrayant, que les esprits n’osent en parler. On le redoute, on le fuit.

Dans leur lâcheté certains essayent de vivre dans un état d’éveil permanent. Monde de la blancheur immaculée, de l’absence de trouble. De l’absence d’image. L’on vit dans les églises entouré d’images, sans songer à faire les siennes. On décharge sa peur sur les rêves des autres, ils nous portent. On prie pour traverser la terre sans n’avoir jamais rien connu. Sans emporter avec soi la possibilité d’un rêve. Vivre dans un monde où le rêve ne manque pas. Où l’on ne connaît pas son existence. Où on ne l’attend pas.
Je préfère vivre dans les limbes, sans le manque de Dieu, que dans un monde où mes rêves ne me manqueraient pas. L’enfer est le seul endroit où l’on peut vivre avec soi-même, et tout ce que nous portons.

18 octobre 2013

D’un pont à l’autre

Classé dans : Poème — guilhemorand @ 1 h 53 min

Marcher contre eux avec toute ma fureur. Leur faire affronter une déferlante. Que pour une fois, une toute petite fois, ils regardent une chose en face.

Acte d’une folie forcée

Acte d’une folie jouée

Acte d’une folie simulée

Tant que tous faisaient semblant de voir le fantôme, le retour en arrière était possible.
Comme eux, tu jouais, tu t’amusais. Petit être membre de leur monde.

Mais, dès lors qu’il disparait à leurs yeux.

Dès lors que la tache blanche de sa voix articulée, a jetée sur toi seul sa haine. Et que ce son a touché ton visage. Dès cet instant précis, cet instant électrique, alors la folie n’est plus simulée. Le retour n’est plus possible. Elle est devenue tienne. Ton fardeau.
Elle devient un poison qui gémit. Une tête frappée. Une tête sans lien avec ses mots. Une tête séparée d’eux.
Séparée de sa propre possession.

L’action irréparable privée de sens est une fatalité. Elle fait corps avec ton état. Elle te fait sentir qu’elle est ta chair. Elle s’accomplit d’elle-même.
Oui. Pour toi tout n’est plus que silence. Car tu les as perdu, tes mots. Tu leur as abandonné, à eux. Spectateur. Voyeurs.
Ils te dérobent. Te prennent tout.
Sans toi, avec eux seulement. Enchainés à leurs propres personnes, devant ton acte, eux ne peuvent que commencer à parler. Ou t’ignorer. Et ignorer ainsi la possibilité du silence.

7 octobre 2013

Roman: extrait numéro 2

Classé dans : Roman — guilhemorand @ 2 h 54 min

Emily s’est vaguement souvenue d’un homme. Il lui avait paru triste au milieu de cette fête. Un quelque chose de différent. Il ne la regardait, il sombrait dans un ailleurs. Elle voyait elle à travers cette mine basse l’espoir d’une lumière. La possibilité d’une luciole perdue et abandonnée au milieu des éclairages. C’est idiot cette idée qui vient bien souvent à la vue d’un jeune homme au teint pâle, on se dit qu’il est différent, sans doute meilleur que les autres, qu’il est spécial, que l’homme est fait tout naturellement pour s’amuser, pour passer du bon temps, et donc, si un homme ne s’amuse pas c’est qu’il est supérieur. En quoi ? On ne saurait le dire, c’est quelque chose d’intraduisible, d’illogique, d’irrationnel. Cette passivité fait l’effet d’une danse. Il suffit à l’être d’exister, entouré des autres, pour qu’un charme s’opère, un envoutement. Oui c’est cela, une magie, un ensorcèlement mélancolique. Le terrible besoin que l’on a de rechercher et de trouver l’être qui saura comme nous. Ou que l’on croira être comme nous. Peut-être que l’être porteur de la mélancolie me verra, et m’adoubera, il me confirmera dans ma grandeur, dans ma sagesse destructrice. C’est une chose que les hommes ne savent pas faire : vous confirmer. Vous dire que vous êtes grande. Ils sont sans nul doute trop petits, trop mesquins pour le reconnaître, pour le voir. Mais lui, l’homme blanc, sans doute me le dira t-il avec des mots pleins de signes.

Je me suis avancée. Il avait l’air perdu, abandonné, à moitié endormi. Je l’ai soutenu jusqu’au bar. Je l’ai étudié.

Merveille ! J’exulte, des taches d’encres sur ses mains ! Il écrit, ce doit être un poète, au mieux. Au pire, un philosophe, un penseur. C’est plus rasant, mais cela déborde tout autant d’intelligence ! Cela fricote et chatouille avec l’existence des choses, ou leur être, je ne sais plus, je crois qu’il y a une différence, comment savoir. Lui demander ? Oui ce serait une bonne approche. Mais de but en blanc, il risque d’être perdu, perplexe. Et s’il ne comprenait pas ? S’il était idiot ? Non c’est impossible, l’encre ne tache que les élus.

Et cette musique. Elle se répétait. M’envahissait. Je suis pris dans son rythme. L’alcool m’entraine. Je disparais. Je ne suis plus que lumière. Je ne suis qu’un flash lumineux de variation. Je m’approche prise dans une danse, hypnotisée. Je me laisse aller. Je suis une barbare prise dans le rituel. Je suis les incantations. Et la danse commence. Je m’approche, je suis la lumière, je suis la couleur. Il ne me comprend pas. Il ne peut réfléchir. Il ne peut accepter ma présence. Il est l’absence de conscience.  Il suit le cheminement, il accepte son destin. Il me prend il m’embrasse il m’entraine. Nous sommes dans les chiottes, dans le satellite de l’univers. Et la danse continue, le tam tam résonne. Il est loin et pourtant nous ne pouvons nous en échapper. Il se rappelle à nous, reste présent. Il est sourd, au fond de mon crâne. Il me touche et me caresse. Plus de pestilentiel, plus d’horreur. Juste sa présence irréelle, fantomatique, son tourbillon, ma perte de résistance. Oh l’absence de contrôle, oh murmure, oh frisson. Sans conséquence, sans trouble, sans contrainte. Juste l’envoutement de la musique et de la brillance qui ne me quitte pas. Oui emporte moi. Tu m’enfermes avec toi et pourtant la résonnance extérieure est toujours là. Ce sentiment de perdition qu’il est bon. Sans interdiction. Oui je me perds je le sais, mais je ne sais plus que c’est interdit. J’oublie que je suis moi. Je ne suis plus rien. Voilà l’excitation pure, présente, sans affect. L’absurde, l’éternel recommencement, dans cet être sur lequel ne plane aucune question, aucun trouble. Ailleurs. Oui c’est cela. Aucune question. L’existence ici, sans essence là bas. Le vomi. Le sang. Le sexe. Toutes ces odeurs se mélangent et m’enivrent. J’éprouve une absence de répulsion. Je me complets dans l’horreur. Bien qu’on ne puisse pas appeler ça l’horreur. Pour vous il s’agit de l’horreur. Mais pour l’être de cet univers parallèle il s’agit juste du romantisme de l’extase présente. De la joie d’une destruction amoureuse pour la personne qui vie dans l’absence de tout.

 

Je pensais avoir une autre idée de l’amour. Je pensais pouvoir représenter autre chose. Et pourtant c’est ainsi, ils s’aiment, ce Perceval des sous-sols sort de son trou pour entrer dans un autre. Il donne une poésie à ce lieu sans vie, à cette boite musicale. Les deux se perdent dans une destiné de l’être présent au soir des lumières réfléchissantes. Un miroir reflète cet univers. La porte n’est pas fermée, elle voit le miroir trônant au dessus des lava beaux. Elle se voit dans les bras de cette luciole, dans les bras d’un homme. Elle entend sa respiration mélangée au son du boom boom musical. Une couleur rouge empreigne la scène. Rouge passion. Rouge mort. Elle l’emmène loin d’ici. Tout être vivant dans la lumière naturelle trouverait ce rouge sans conséquence, cette musique sans imprégnation de la pensée. Mais pour l’être à demi vivant, vivant du sang et de l’alcool, perdu dans un autre monde, ce rouge et cette musique deviennent sa fatalité. On se perd dans les formes et les conventions. C’est ainsi et pas autrement.

D’ailleurs peut-être ne font-ils pas l’amour. Peut-être ne sont-ils pas ici, peut-être n’est ce pas l’homme. Seulement un délire imaginatif. Non, il ne se passe rien, elle est là, mais pas lui. C’est encore un autre. Ce n’est sans doute pas le bon. Déjà l’acte amoureux est déprimant. Dès son commencement, dès avant sa réalisation, son accomplissement il est plein d’un sentiment de dégoût et de rejet. Ce n’est pas encore cela. Ce ne serait jamais cela. Et déjà la mort s’installe derrière la caresse amoureuse. Rejet et fausseté de l’action, sentiment du temps gâché, point rapide sur les liaisons passées. La vie prend un sens vide quand vous faites le point une bite au cul dans les chiottes d’un dancing.

Quand ce produit une chose extraordinaire : pour la première fois l’homme ne titube pas en vociférant en sortant des cabinets. Il se montre honteux, même timide, comme si sa conscience rencontrait la votre. Il s’excuse et vous propose de vous raccompagner, de faire connaissance. Il vous donne son nom. Il a commencé par le charnel, mais la forme revient au galop tout de suite derrière. On ne peut que difficilement se débarrasser de cette forme. Et pourtant cela ferait un si grand bien. Il me semble que Gombrowicz a dit quelque chose sur la forme. Cette satanée politesse, et toutes ces manières. On a beau jouer au jeune poète rebelle, votre bonne éducation revient toujours.

 

Elle ne voulait plus le voir. Le besoin, le sentiment qu’elle devait rentrer seule, retrouver l’atmosphère glacée  des murs blancs, des quelques photocopies d’œuvres d’arts qui ne seraient jamais à elle. Cet espace glacial, abandonné, isolé du sentiment d’humanité. Oui c’était une nécessité. Cet être parfait, ce poète, sorti d’un roman de Patti Smith, il ne fallait pas qu’il vienne. Imaginez un être vivant au cœur de son antre mortuaire,, allongé sur la stèle sacrificielle. Imaginez l’espoir au centre d’une vie qu’elle avait décrété comme triste et solitaire ! Inconcevable ! Elle ne pouvait changer sa vie. Pas maintenant. Probablement jamais. Ramener cet être qui parlerait, qui s’exprimerait. Non l’idée de la déception la paraissait. Il verrait son univers, il le transformerait. Gaieté, espoir, comment imaginer un tel bouleversement. Pourtant il avait l’air si triste, si abandonné. Cette luciole allait dépérir, quitter la vie. Et elle, elle seule avait le pouvoir de sauver la dernière lumière présente dans cette vie obscure, cette vie d’oublie. Pitié, sauve moi. Comment trouver la lumière blanche, et le souffle apaisant au cœur des arbres sans cette infime lueur. Comment espérer survivre au cœur de la solitude sans l’espoir de te voir à nouveau surgir. Pourtant c’est avec ce risque qu’il me fallait lutter à nouveau. Le risque de la solitude. Sans la reconnaissance de l’être que pourrais-je devenir ?

 

Qu’allions-nous devenir si la reconnaissance devenait complète ? J’allais devoir emmener cette fille dans ma vie, et entrer dans la sienne. Deux êtres se complètent. Allais-t-elle m’enseigner l’indifférence de l’existence, la tranquillité qui me manquait ? Ou au contraire me précipiter dans la solitude que la dualité, le paradoxe du couple provoquer. Suis-je prêt à pénétrer le paradoxe amoureux ? Exister à travers un autre être, cette angoisse est-elle un privilège ? Le signe d’une maladie de l’existence ? Je t’emporte dans mon aventure. La caresse me fait sentir cette impression. Oui, l’emportement de l’existence vers une autre destiné. Je suis frappé par le hasard et déjà l’ailleurs s’ouvre à moi et se produit. C’est la fin de mon habitude, c’est le début d’une autre.

 

Ils sortent de la boite, on se bouscule, on s’excuse là aussi, même si l’on sait que personne ne vous entend. C’est pour la forme. On marche dans les rues désertes. De temps en temps on croise une jeune fille qui pleure, affalée dans la rue, avec une amie qui cherche à la réconforter. Personne ne la raccompagne à la sortie des toilettes elle, la pauvre. Votre pas est rapide, porté par l’alcool. Tout tourne en accéléré doublé d’une étrange pesanteur. Tout paraît si lointain et en même temps terriblement ancré sur terre. Votre esprit demande l’évasion mais vos bottines heurtant le gravier vous rappellent que c’est temporaire, que le bitume est toujours là. Que demain les rues se rempliront, les fantômes se disperseront, vous refranchirez le pont, et retour à la case départ. La magie nocturne rejoindra les souvenirs fantomatiques. Réalité, rêve. Qu’importe cela était bien présent. Cela est parti. Mais cela reviendra inlassablement nuit après nuit.

 

Comme une étoile du monde chaque matin la fille se glisse du lit et disparaît. L’homme lui fuit, évite toute romance. Romance, le mot ne semble t-il pas vieux ? Tous le sont, tous si l’on y pense ont le parfum d’un inventeur articulant un mot. Epoques lointaines. Romance n’est pas seulement vieux, romance est un mot premier. Il est ancien, galopé de chevalerie. Monture de courtoisie. On se lancerait à l’assaut d’une coiffe seigneuriale. Vieille chanson dépassée par le sens et l’esprit. Tiens l’esprit aussi est aux ordures. Il faudrait remonter de mot contaminé en mot contaminé. Un labyrinthe, un parcourt des bannis et des proscrits. Des mots passés sous la guillotine. Machine fabriquée par des clavecinistes. Cette forme d’aile d’ange, cette sensualité de l’objet. Un esthétisme qui aurait permis de rejoindre l’univers. Allongé sur une aile d’ange. Alléger du poids de nos têtes. « 5 sous d’existence la tête, qui veut jouer au ballon avec ? »

Comment ne pas penser à une guillotine en forme d’aile lorsque l’on sommeille dans les bras d’une fille ? Le Douteur m’a dit de ne plus penser. Si je ne pense plus, je ne la crée plus. Je ne veux pas me laisser emporter par une Betty Lou. Je veux créer un monde imaginaire avec elle. Alors je n’écoute plus le Douteur.

L’heure du loup d’où viennent les images n’est pas tentative de rester éveiller, elle est la tentative de rester ce que l’on était depuis la crépuscule : un faiseur de rêve. L’on vit dans une drogue qui provoque l’hallucination. Je lutte pour ne pas m’éveiller. Je force le délire. J’oblige le rêve à combler ce qui ne devait pas être. C’est à l’instant où rien ne se décide que je motive l’hypnose. Tout le regard morphologique de l’imagination se révèle à la sortie du moi rêvé. Formation du rêve d’un homme qui ne devrait pas rêver. Je force l’inconscient à me révéler ce que lui même cache ? Ce dont lui-même avait honte.

La tache qui s’accompagne du son, le son qui se construit en image, l’image en sens, le sens en angoisse. Un visage. Une peur sur ce visage. Elle est là, elle me secoue. Ce n’est déjà plus la même qu’hier soir. Le lieu, la vision, tout était différent. Elle était la présence prise dans la musique, dans un autre rythme. Elle était la fileuse de toile qui te prenait dans une image photographique, sa toile. Elle existait tant que je touchais à l’irréel. Sa présence est un fait de l’impossible. L’abandon est devenu imperfection. Elle est là. Ah c’était elle ? C’était seulement cela ? Et rien d’autre. Je suis revenu de l’idéologie d’un soir. À mon tour je ne peux plus croire en elle.

Absence sans téléphone

Classé dans : Poème — guilhemorand @ 2 h 44 min

Le téléphone se coupe et immédiatement l’absence se fait sentir, elle surgit.
À travers le béton, le bois du plancher, la cataracte du ciel, elle me montre du doigt, avant de m’oublier.

Te voilà punis, elle est partie. À nouveau seul.

Mon amie communication, tu devais garder les lieux et les liens, établir une fausse distance. Me faire vivre dans l’oublie! Etablir des rapports de proximité ! Alors pourquoi suis-je seul!!! Pourquoi un tel sentiment en un instant ! Alors qu’elle était là ! Au bout d’une caresse électrique, une vibration si simple, si essentielle, si envoutante. Et op, plus rien.

Tu me fais vivre avec une présence, alors que je devais vivre avec l’oubli de son absence, par l’illusion.

Mais te voilà partie, et seul je redeviens.

Sans no man’s land à franchir. Je n’ai eu le temps de rien sentir, rien percevoir. Tout fut si brusque. Un éclair, un foudroiement.

Sans même un retour possible de cette guerre.

Me voilà le plus immédiatement seul.

Un geste aura suffit à me condamner.

Poème ou roman

Classé dans : Poème — guilhemorand @ 2 h 31 min

Je voudrai que mon poème soit un roman, la vie d’un coup, la vie en un éclair.

Sans m’arrêter, débiter une longue lignée, un sentiment allongé.

Le poème n’est que le sentiment d’une intuition.

Le roman n’est que l’exagération du sentiment.

La volonté de planifier l’intuition.

Un an de travail, de passion, d’exagération du sentiment.

Toute cette excentricité pour en arriver là.

Pour en arriver à dire:

ce n’est toujours pas ça.

Encore et toujours je voudrai dire autre chose.

Encore et toujours des significations.

Mais jamais la lumière au bout du rayon.

Seulement des ombres.

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