Guilhemorand

22 septembre 2013

Extrait de roman

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 0 h 57 min

C’était une nuit sans espoir de l’aube. Une de ces nuits où se forge la force d’une spectrale habitude. Une nuit pour les songes, mon opium. Ces songes auxquels l’être méprisable se plait à penser du fond de son trou. Le soleil ne venant, ni le sommeil cette porte spatiale, ce doux enivrement, ce partage de la folie et des cens. L’homme devient lecteur. Il se perd dans la lecture de l’un de ses semblables. Il inonde le papier de sa sueur, mélange d’alcool et d’angoisse. Ses cheveux arrachés au nom d’une fraternité, de l’union de cœurs solitaires. Son crâne n’est plus qu’une croûte. La littérature, cette maladie transmise par le papier. Arbre devenu le plus dangereux des poisons, la plus puissante des nicotines, la plus légale. La fièvre le prend, dévorante comme la gangrène. Tout son corps est perdu, aucune amputation ne peut le sauver. Il lui semble que sa chambre devient noire, qu’elle s’effrite, qu’il vit dans le livre. Il est l’auteur, il est sa haine. Sa folie devient la sienne. Elle est tout son être. La musique résonne aux oreilles de ce sombre malheureux. Il s’emballe, étouffe, cet amour est de trop. Il lui prend à la gorge. Il sent que son être est aspiré dans le domaine de la mort. Il sait qu’il ne doit pas finir, que c’est un voyage dont on ne revient pas, que sa chambre deviendra son tombeau. Il pousse alors son cri de terreur. Une autre musique fait sons dans la réalité.

Son souffle est encore tout haletant, mais chaque bouffée de vie est celle d’un homme revenu de très loin. D’un rivage que l’on ne peut pas qualifier d’exotique. Il revient juste d’un ailleurs. D’un intérieur d’émotions que vous ne pourriez sonder, vous vous noieriez avant d’en atteindre le fond. D’un puits creusé par chaque page. D’un espace mystérieux qu’il se découvre perpétuellement. À chaque instant il plonge plus profondément, il plante ses racines dans le vide. À chaque instant s’amenuise l’espoir d’immerger à nouveau. Doucement il reprend conscience. Cet air est frais, bien qu’encore emprunt de la saveur de cet ailleurs. Il goûte à nouveau l’espace connu. Rien n’a bougé, sauf lui. Ni les bouteilles vides. Ni le café froid. Les livres qui parsèment le sol sont à leur place. Leur disposition paraitrait étrange et mystérieuse à chacun. Pourtant il connaît l’emplacement de chacun : sous ce Dostoïevski se cache un petit Nietzsche. L’un laissant deviner l’autre. Il aime ces anciens frères de balade, ces amis de la tourmente. Tout en les haïssant, eux qui ont traduit sa déraison, eux qui ont glissé leur poison entre ses doigts caressants. Il se lève. Il aspire à d’autres délices, à tous moyens d’oublier, ses rêves ne lui suffisent plus. Délices absents de cette maison. L’éveil du fiévreux songeur s’accompagne de la douloureuse conscience : la dernière bouteille a été sacrifiée à Dionysos. Il décide de sortir. Où trouver du liquide un jeudi soir à trois heures du matin ?

Il s’avance dans les ruelles d’une ville sans nom. Il ne pourrait pas  vous le dire même s’il le souhaitait car il ne le sait, et ne peut pas le savoir. Il est trop obsédé par une image, par une idée. Aucune boutique n’est ouverte pour ce voyageur. Chacun dort en paix après le travail. Il marche, pensant oublier. Il croise des gens qui titubent. Leur chaleur, leur présence, leur existence suffisent seules à le ranimer. Ils sont saouls. Mais bien vêtus. C’est donc qu’ils reviennent d’une soirée, d’un lieu de vie. C’est bien cela qu’il lui faut, un lieu de passion dévorante.

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