Guilhemorand

29 novembre 2013

Le royaume des statues

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 0 h 45 min

Au Royaume des statues et des visages vivait une pierre qui ne voulait pas s’effacer. Chaque année elle aspirait la force d’un jeune sculpteur. Elle exigeait de chaque artiste une perfection. Et chaque artiste mourrait en tentant d’atteindre cette perfection. Cette exigence du Roi des Pierres. Mais un jour il n’y eut plus d’artiste. Alors le Roi envoya les siens aux quatre coins de la ville. Leur demandant de chercher jusque sous les racines des arbres. Le temps passa, nulle pierre ne revient. Ni l’œil gothique. Ni l’œil roman. Aucun regard n’avait découvert l’artiste. Tous ont cherché, mais aucun n’a trouvé. Alors, le Roi décida de sacrifier les autres pierres, de sacrifier les siens. Il tua sa femme, ses enfants, ses amis, ses esclaves, pour éviter d’avoir à mourir. Tous fuirent pour ne pas mourir à la place de l’autre. À la fin le roi resta seul. Sans personne pour mourir à sa place. Le chant du vent effaça les traces de sa bouche. De son nez.  De son regard. On ne distinguait plus le mystère blanc qui résidait dans son œil. La pierre ne pouvait plus supplier. « Pitié. Pitié. Venez. Venez mourir à ma place. » Il ne lui restait que l’horreur.

Depuis cette époque les statues se cachent, au milieu des ruines, au milieu des villes, au milieu des vies. Par peur de la mémoire du Roi. Elles se taisent, pour ne pas se confondre, pour ne pas avoir à mourir pour un autre. Silencieuses elles vont dans nos musées, pour qu’on ne les remarque pas. Elles attendent la venue du Roi qui saura mourir pour lui-même.

 

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