Guilhemorand

29 novembre 2013

Jardin des images

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 0 h 46 min

Il n’aperçoit qu’une tache de couleur verte, au milieu de la foule. Il plonge dans un jardin.

 

Il croise une infinité de doubles. Ils répètent ses mêmes paroles. Comme lui ils vont d’image en image. De geste en geste. De création en création.

Le Jardin est constitué d’un gazon vide et froid. En alternance avec un bric à bras en décomposition. Il reconnaît un espace d’exposition. Il le sait car avant d’entrer dans le jardin des expositions il a traversé un palais. Ce palais possède une ligne parfaite. Elle est aérienne comme un plan d’eau. L’aile Est montre la ligne des montagnes, on la voit à travers les fenêtres. En se retournant on se retrouve au cœur d’une pièce ronde. On voit les arbres border la rivière qui se prolonge dans l’océan. Dans cette ligne parfaite on fait le tour du monde. De l’art encercle cette perfection. Se tient autour et cherche à apparaître. Chaque objet désire sa fenêtre. Désir entre vu par les occupants de la ligne parfaite. Ou de la ligne elle-même. Notre homme avant d’arriver au jardin a observé à travers chacune des millions de fenêtres. Il désespère de n’y rien trouver. Ou trop peu. Il sent gronder une frustration. Il a besoin de trouver. Chacun continue d’errer d’objet en objet ne sachant jamais ce qu’il voit et trouve. Même sans voir ils ont l’air de savoir ce qu’ils aiment. Mais lui, l’homme, il apprend à voir, mais il n’apprend pas à aimer Il ne sait pas quoi aimer entre ces montagnes et ces rivières.

Soudain, des têtes dorées au long cou bleu bondissent hors des eaux où elles retombent. Un va et vient. Elles sont faites d’un matériau fixe et pourtant leur chevelure est pleine de vent. Elles bougent malgré leur matière. Elles sont béantes d’étonnement.

Ce mouvement régulier, ces têtes, sont la première chose qu’il voit dans le jardin. Il prend conscience qu’il est sorti de la galerie.

Le voyageur passe les têtes. Il veut voir une statue aux milles bras répéter un geste de mort. Ce mouvement morbide s’il le surprend d’abord, le mécanise ensuite. Puis il s’extirpe dans la statue, il voit qu’elle appelait à l’aide. Il ne peut pas encore l’aider. Il décide de passer son chemin.

Une araignée de bronze l’attire au loin. Elle se déplace au creux de l’océan. Les vagues avancent autour d’elle, lui donnant cet effet de vie. Sa brise, sa voix viennent toucher un Hamlet, immobile sur une autre plage. L’homme voudrait traverser et lui parler. Mais il se rend compte qu’il est prisonnier d’une toile. De sa toile. Il ne parlera plus. Pas aujourd’hui Hamlet. Demain, qui sait.

Je ne veux pas échouer sur cette plage comme lui. Devenir un animal mort pris dans sa propre toile.

Ma barque est à flot, elle descend le fleuve, portée par la magie des vents. Elle dépose le voyageur.

Il n’a traversé qu’un fleuve, mais ce n’est déjà plus le même ciel, le même endroit.

De nouveaux bâtiments silencieux lui font face. Chacun possède une tête. Certaines ont les yeux blancs. D’autres ont les yeux fermés. Mais elles arborent toutes le même sourire. Elles tombent les unes après les autres. Un petit fantôme en sort. Il se met en action. La rue vide devient une rue animée. Leur déplacement lui insuffle la vie.

Il avance vers les têtes. Il a peur que les fantômes ne parlent pas. Il croit que seules les têtes parlent. Et si en tombant les têtes l’avaient perdu, cette parole ?

Il demande où aller. Comment savoir qu’il suit la bonne direction ?

Il suffit de suivre la chute des drapés. Répondent-elles. Lentement, le voile de la femme guidera l’homme vers un point de la terre. Un espace. Il doit choisir son drap.

La femme a il croit des cheveux roux. Mais avec une certaine blondeur italienne. Et le port d’une brune. Le drap lui est rouge, parsemé de fleurs blanches. Chacune porte les traces de son sol, et ses herbes.

Le royaume des statues

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 0 h 45 min

Au Royaume des statues et des visages vivait une pierre qui ne voulait pas s’effacer. Chaque année elle aspirait la force d’un jeune sculpteur. Elle exigeait de chaque artiste une perfection. Et chaque artiste mourrait en tentant d’atteindre cette perfection. Cette exigence du Roi des Pierres. Mais un jour il n’y eut plus d’artiste. Alors le Roi envoya les siens aux quatre coins de la ville. Leur demandant de chercher jusque sous les racines des arbres. Le temps passa, nulle pierre ne revient. Ni l’œil gothique. Ni l’œil roman. Aucun regard n’avait découvert l’artiste. Tous ont cherché, mais aucun n’a trouvé. Alors, le Roi décida de sacrifier les autres pierres, de sacrifier les siens. Il tua sa femme, ses enfants, ses amis, ses esclaves, pour éviter d’avoir à mourir. Tous fuirent pour ne pas mourir à la place de l’autre. À la fin le roi resta seul. Sans personne pour mourir à sa place. Le chant du vent effaça les traces de sa bouche. De son nez.  De son regard. On ne distinguait plus le mystère blanc qui résidait dans son œil. La pierre ne pouvait plus supplier. « Pitié. Pitié. Venez. Venez mourir à ma place. » Il ne lui restait que l’horreur.

Depuis cette époque les statues se cachent, au milieu des ruines, au milieu des villes, au milieu des vies. Par peur de la mémoire du Roi. Elles se taisent, pour ne pas se confondre, pour ne pas avoir à mourir pour un autre. Silencieuses elles vont dans nos musées, pour qu’on ne les remarque pas. Elles attendent la venue du Roi qui saura mourir pour lui-même.

 

5 novembre 2013

Cire humaine

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 1 h 00 min
une fois de plus le monde vacille, la chair s’est mêlée à la pierre. L’éternel poli est redevenu une rédemption. Le mystère échappe à l’homme et revient à la nature. Une ombre se porte sur la femme. Le rocher dans l’ombre a rejoint la nuit. Il ne reste plus que l’attente, l’attente d’une lumière, d’une cire portant l’idée de l’homme.

20 octobre 2013

Un jardin en enfer

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 1 h 35 min

Rêver, et peut-être même pas cela ? Mais peut-être que cela, et rien d’autre. Vivre en enfer, c’est vivre dans son rêve, sans pouvoir en sortir. Y rester pour l’éternité. Non pas que le rêve soit mauvais, cauchemardesque, noir. Il ne présente juste aucun intérêt s’il est sans le retour. Sans l’état de l’éveil. Sans cet entre deux. Ce pont. Ce passage. Dante passe d’un cercle à l’autre. Et entre les deux il est éveillé, attendant de s’enfoncer plus en profondeur. Mon éveil vit pour mes rêves. Revenir transformer de chaque rêve, et chaque jour poser un morceau de rêve sur une branche du réel. Le voir grandir avec le temps. Le voir s’élever. Prendre forme. Dans l’excitation prendre peur, angoisser. Sera t-il beau ? De quelle espèce ? Quelle saison ? Trouvera t-il sa place au milieu de la forêt ? Ou stoppera t-il les tempêtes de sables, seul au sommet de sa dune ?

Ne pas se réveil c’est se priver de la possibilité de vivre pour ses rêves. Se priver de la possibilité de penser à eux, de prendre conscience de notre nouveau monde. C’est vivre avec la crainte du regard ancien. Vivre sans l’espoir d’un nouveau regard.

Un enfer. Une suite de rêve, sans un instant entre eux. L’impossibilité d’en revenir, de raconter. Le rêve dont on ne revient pas est si effrayant, que les esprits n’osent en parler. On le redoute, on le fuit.

Dans leur lâcheté certains essayent de vivre dans un état d’éveil permanent. Monde de la blancheur immaculée, de l’absence de trouble. De l’absence d’image. L’on vit dans les églises entouré d’images, sans songer à faire les siennes. On décharge sa peur sur les rêves des autres, ils nous portent. On prie pour traverser la terre sans n’avoir jamais rien connu. Sans emporter avec soi la possibilité d’un rêve. Vivre dans un monde où le rêve ne manque pas. Où l’on ne connaît pas son existence. Où on ne l’attend pas.
Je préfère vivre dans les limbes, sans le manque de Dieu, que dans un monde où mes rêves ne me manqueraient pas. L’enfer est le seul endroit où l’on peut vivre avec soi-même, et tout ce que nous portons.

7 octobre 2013

L’ange ivre

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 2 h 15 min

Mifune meurt blanc, comme un ange. Lavé de la couleur du marais.

Dès la première image de ce marais, l’on comprend qu’il est mort. Le marais ce n’est pas seulement un lieu de vie, et une triste réalité. C’est le coeur des hommes. Le coeur de Mifune. Il est ancré en lui. Jamais un homme seul ne pourra lutter contre autant de malheur, si tous y déversent un déchet.

Nuit d’hiver

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 1 h 53 min

Ecrire un poème sur la neige, au coeur de la route,

Couper la main gelée,

attendre la chute des roses blanches.

Aucun sens n’est venu par l’éphémère.

La voiture efface tout jusqu’au béton, des mots rien n’a subsisté

L’ancien réel est effacé et jamais ne reviendra

À moins que …

22 septembre 2013

Extrait de roman

Classé dans : Non classé — guilhemorand @ 0 h 57 min

C’était une nuit sans espoir de l’aube. Une de ces nuits où se forge la force d’une spectrale habitude. Une nuit pour les songes, mon opium. Ces songes auxquels l’être méprisable se plait à penser du fond de son trou. Le soleil ne venant, ni le sommeil cette porte spatiale, ce doux enivrement, ce partage de la folie et des cens. L’homme devient lecteur. Il se perd dans la lecture de l’un de ses semblables. Il inonde le papier de sa sueur, mélange d’alcool et d’angoisse. Ses cheveux arrachés au nom d’une fraternité, de l’union de cœurs solitaires. Son crâne n’est plus qu’une croûte. La littérature, cette maladie transmise par le papier. Arbre devenu le plus dangereux des poisons, la plus puissante des nicotines, la plus légale. La fièvre le prend, dévorante comme la gangrène. Tout son corps est perdu, aucune amputation ne peut le sauver. Il lui semble que sa chambre devient noire, qu’elle s’effrite, qu’il vit dans le livre. Il est l’auteur, il est sa haine. Sa folie devient la sienne. Elle est tout son être. La musique résonne aux oreilles de ce sombre malheureux. Il s’emballe, étouffe, cet amour est de trop. Il lui prend à la gorge. Il sent que son être est aspiré dans le domaine de la mort. Il sait qu’il ne doit pas finir, que c’est un voyage dont on ne revient pas, que sa chambre deviendra son tombeau. Il pousse alors son cri de terreur. Une autre musique fait sons dans la réalité.

Son souffle est encore tout haletant, mais chaque bouffée de vie est celle d’un homme revenu de très loin. D’un rivage que l’on ne peut pas qualifier d’exotique. Il revient juste d’un ailleurs. D’un intérieur d’émotions que vous ne pourriez sonder, vous vous noieriez avant d’en atteindre le fond. D’un puits creusé par chaque page. D’un espace mystérieux qu’il se découvre perpétuellement. À chaque instant il plonge plus profondément, il plante ses racines dans le vide. À chaque instant s’amenuise l’espoir d’immerger à nouveau. Doucement il reprend conscience. Cet air est frais, bien qu’encore emprunt de la saveur de cet ailleurs. Il goûte à nouveau l’espace connu. Rien n’a bougé, sauf lui. Ni les bouteilles vides. Ni le café froid. Les livres qui parsèment le sol sont à leur place. Leur disposition paraitrait étrange et mystérieuse à chacun. Pourtant il connaît l’emplacement de chacun : sous ce Dostoïevski se cache un petit Nietzsche. L’un laissant deviner l’autre. Il aime ces anciens frères de balade, ces amis de la tourmente. Tout en les haïssant, eux qui ont traduit sa déraison, eux qui ont glissé leur poison entre ses doigts caressants. Il se lève. Il aspire à d’autres délices, à tous moyens d’oublier, ses rêves ne lui suffisent plus. Délices absents de cette maison. L’éveil du fiévreux songeur s’accompagne de la douloureuse conscience : la dernière bouteille a été sacrifiée à Dionysos. Il décide de sortir. Où trouver du liquide un jeudi soir à trois heures du matin ?

Il s’avance dans les ruelles d’une ville sans nom. Il ne pourrait pas  vous le dire même s’il le souhaitait car il ne le sait, et ne peut pas le savoir. Il est trop obsédé par une image, par une idée. Aucune boutique n’est ouverte pour ce voyageur. Chacun dort en paix après le travail. Il marche, pensant oublier. Il croise des gens qui titubent. Leur chaleur, leur présence, leur existence suffisent seules à le ranimer. Ils sont saouls. Mais bien vêtus. C’est donc qu’ils reviennent d’une soirée, d’un lieu de vie. C’est bien cela qu’il lui faut, un lieu de passion dévorante.

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